Lampes à bronzer : la France relance l’interdiction de vente aux particuliers
Près de dix ans après une première tentative restée sans suite, la France remet sur la table une mesure de bon sens sanitaire : interdire la vente d'appareils de bronzage aux particuliers.
Le gouvernement a notifié fin mai à la Commission européenne un projet de décret qui vise à renforcer l'encadrement des appareils à ultraviolets artificiels (UV) et à empêcher leur acquisition par le grand public. Une décision qui s'inscrit dans la continuité des alertes répétées des autorités sanitaires françaises et internationales.
Depuis des années, les données scientifiques sont claires : les UV artificiels sont cancérigènes. Le Centre international de recherche sur le cancer (CIRC), agence spécialisée de l'Organisation mondiale de la santé (OMS), les a classés dès 2009 parmi les cancérogènes certains pour l'être humain, au même niveau de risque que le tabac ou l'amiante.
L'Agence nationale de sécurité sanitaire (Anses) réclame depuis longtemps des mesures fortes. Dès 2018, elle appelait les pouvoirs publics à faire cesser l'exposition de la population aux UV artificiels, en raison notamment de leur rôle dans l'apparition des mélanomes, les cancers de la peau les plus graves.
Pourtant, malgré ces avertissements, il est encore possible aujourd'hui pour un particulier d'acquérir certains appareils de bronzage.
La logique du gouvernement est simple : lorsqu'un équipement expose à un risque de cancer avéré et qu'il est impossible de garantir le respect des interdictions visant les mineurs, sa commercialisation auprès du grand public n'a plus de justification.
Les autorités françaises soulignent notamment l'impossibilité de contrôler l'utilisation des appareils achetés à domicile par des enfants ou des adolescents. Or l'exposition aux UV artificiels avant 35 ans augmente significativement le risque de développer un mélanome au cours de la vie.
Soyons clairs : il n'existe aucun bronzage artificiel "sain". Contrairement à une idée encore répandue, le bronzage n'est pas un signe de bonne santé. C'est une réaction de défense de la peau face à une agression.
Le comité scientifique de la Commission européenne rappelait déjà en 2016 qu'aucun niveau d'exposition aux UV artificiels ne pouvait être considéré comme sans risque.
Le projet de décret ne se limite pas à l'interdiction de vente aux particuliers. Il prévoit également un renforcement des obligations des exploitants de cabines UV.
Les clients devront recevoir une information orale et écrite sur :
Une attestation d'information devra être signée par le consommateur et conservée pendant trois ans par l'exploitant.
Le texte renforce également les obligations de maintenance et les contrôles des appareils.
Cette vigilance est d'autant plus nécessaire que les contrôles de la DGCCRF montrent depuis plusieurs années des manquements persistants dans le secteur du bronzage artificiel.
En 2020, quatre établissements contrôlés sur dix présentaient encore des anomalies réglementaires. Un chiffre certes en baisse par rapport aux années précédentes, mais qui reste préoccupant pour une activité impliquant un risque cancérogène reconnu.
Pour La Sécurité Solaire qui alerte, depuis sa création en 1994, sur les dangers des UV artificiels et a publié de nombreux articles sur le sujet, cette initiative constitue une avancée importante en matière de prévention des cancers cutanés.
La science ne laisse aujourd'hui aucune place au doute : les UV artificiels augmentent le risque de cancer de la peau et n'apportent aucun bénéfice sanitaire. Dans ces conditions, limiter leur diffusion auprès du grand public relève d'une politique de santé publique cohérente.
La prévention solaire ne consiste pas seulement à se protéger l'été sur la plage. Elle implique également de réduire l'exposition à des rayonnements ultraviolets dont les effets cancérigènes sont parfaitement documentés.
Après des années d'hésitations, la France semble enfin prête à traduire cette réalité scientifique dans la réglementation.