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Mélanome cutané : pourquoi l’Anses reconnaît un lien avec l’exposition professionnelle aux UV solaires

se protéger collectivités santé au travail santé publique 02 Nov 2026 Actualités

Dans son avis consacré aux cancers cutanés associés à l’exposition professionnelle aux rayonnements ultraviolets (1), l’Anses conclut à l’existence d’une relation causale avérée pour le carcinome épidermoïde cutané (CEC), ce qui était attendu, tant la littérature scientifique est abondante et concordante sur ce point. Peu de surprise non plus pour le carcinome basocellulaire cutané (CBC), qui survient essentiellement sur le visage et le cou, car lui aussi est lié aux expositions chroniques aux UV solaires (2). En revanche, le lien entre expositions professionnelles aux UV solaires et mélanome cutané, établi par l'Anses, a quelque peu surpris. La position de l'agence repose sur l'analyse du rapport conjoint OMS-OIT de 2021, de la monographie du CIRC (2012), mais aussi de méta-analyses et de dizaines d'études épidémiologiques et mécanistiques, publiées récemment pour certaines... ((3), (4))

Le mélanome cutané, pour beaucoup, lié aux coups de soleil

Il est clairement démontré que les expositions solaires intermittentes et intenses, provoquant des coups de soleil graves et/ou répétés, notamment pendant l’enfance, jouent un rôle important dans le développement des mélanomes. Chez les jeunes adultes, le mélanome apparaît ainsi dans les toutes premières positions, qu'il s'agisse d'incidence ou de cause de décès (5).

À l’inverse, les expositions solaires chroniques et cumulées, davantage caractéristiques des activités professionnelles exercées en extérieur, présentent une association moins évidente avec ce type de cancer. Le rapport conjoint de l’Organisation mondiale de la santé (OMS) et de l’Organisation internationale du travail (OIT) de 2021 concluait même à des « preuves limitées de nocivité » de l’exposition professionnelle aux UV solaires sur l’incidence des mélanomes cutanés (3).

Comment expliquer alors que l’Anses évoque dans son rapport une relation causale avérée entre l’exposition professionnelle aux rayons UV et le risque de survenue de mélanomes cutanés ?

Le cas « simple » du mélanome lentigineux malin (LMM)

Il existe plusieurs types de mélanomes. Le cas du mélanome lentigineux malin (LMM) est plutôt simple. Également appelé mélanome de Dubreuilh dans sa forme invasive, il est connu pour son association avec les expositions solaires chroniques (6). Le lien avec les expositions solaires professionnelles se comprend alors aisément. D’ailleurs, l’Anses relève que, dans les études analysées par l’OMS-OIT, le risque de mélanome associé à l’exposition professionnelle aux UV solaires apparaît significativement augmenté lorsque les mélanomes lentigineux malins sont inclus dans les analyses (1).

Ces travaux confirment donc une association globalement positive entre l’exposition chronique ou professionnelle aux UV et les mélanomes lentigineux malins.

Pour les autres sous-types, notamment les mélanomes superficiels extensifs (SSM) et nodulaires (NM), les résultats restent plus discordants.

Les autres types de mélanomes également dans le viseur de l’Anses

La position de l’Anses résulte d’une situation complexe, mais d’un raisonnement finalement plutôt simple et cohérent.

Premièrement, le CIRC conclut à « des preuves suffisantes chez l’humain de la cancérogénicité du rayonnement solaire » et indique spécifiquement que « le rayonnement solaire provoque des mélanomes cutanés » (4). Par ailleurs, plusieurs études analysées par l'Anses ont montré des associations claires entre expositions professionnelles et risques de mélanomes.

Deuxièmement, si certaines études, et même le rapport OMS-OIT de 2021, ne concluent pas fermement à une responsabilité de l’exposition professionnelle aux UV, cela peut s’expliquer, selon l'agence, par différents facteurs :

  • Parmi les études prises en considération, aucune n'a estimé séparément le risque pour le LMM ou pour les autres sous-types de mélanomes.
  • Les personnes les plus sensibles à l’exposition au soleil (qui ont donc une pigmentation de la peau associée à un risque plus élevé de tumeurs malignes cutanées) pourraient éviter de choisir des professions en plein air, ou davantage se protéger en cas d’exposition.
  • L’évaluation de l’exposition professionnelle présentent des limites : la définition de l’exposition est très hétérogène entre les études avec des approches très générales et peu détaillées.
  • La faible fréquence du mélanome, notamment par rapport aux autres cancers cutanés... se traduit par une puissance statistique relativement faible.

Troisièmement, aucune étude ne permet de mettre en évidence un sous-type de mélanome cutané qui ne serait pas associé à l’exposition aux rayons UV, qu’elle soit professionnelle et/ou chronique.

La prévention du mélanome, un enjeu de santé publique et de santé au travail

Avec près de 20 000 nouveaux cas et environ 2 000 décès par an en France, le mélanome cutané représente un enjeu majeur de santé publique (7). Communiquer auprès du grand public sur les facteurs de risque et la dangerosité de ce cancer, informer la population sur les indices d'UV, former les professionnels de la petite enfance, les enseignants, les animateurs, etc., demeurent des priorités... mais pour La Sécurité Solaire, cet avis de l'Anses justifie pleinement les efforts entrepris dans le cadre de son programme Soleil et Santé au travail et devrait renforcer à l'avenir la sensibilisation, l'information et la formation de celles et ceux qui travaillent à l'extérieur sur le risque accru de mélanome auquel ils sont exposés.

Références bibliographiques

(1). Anses, Cancers de la peau en lien avec l’exposition professionnelle aux rayons ultra-violets. Avis et rapport d’expertise collective, saisine n° 2024-SA-0109, avril 2026.

(2). Puckett, Y., Steele, R.B., Basal Cell Carcinoma. StatPearls Publishing, 2026 (mise à jour du 7 novembre 2025).

(3). Organisation mondiale de la santé (OMS) et Organisation internationale du travail (OIT), The effect of occupational exposure to solar ultraviolet radiation on malignant skin melanoma and non-melanoma skin cancer: a systematic review and meta-analysis from the WHO/ILO Joint Estimates of the Work-related Burden of Disease and Injury. OMS, 2021.

(4). Centre international de recherche sur le cancer (CIRC), Radiation. IARC Monographs on the Evaluation of Carcinogenic Risks to Humans, 2012, vol. 100D, section « Solar and Ultraviolet Radiation ».

(5). Matthews, N.H., Li, W.-Q., Qureshi, A.A., Weinstock, M.A., Cho, E., Epidemiology of Melanoma. In: Ward, W.H., Farma, J.M. (eds.), Cutaneous Melanoma: Etiology and Therapy. Codon Publications, 2017, chapitre 1.

(6). Linos, E., Li, W.Q., Han, J., Li, T., Cho, E. et Qureshi, A.A., Lifetime ultraviolet radiation exposure and lentigo maligna melanoma. British Journal of Dermatology, 2017, 176(6) : 1666–1668.

(7). Institut national du cancer (INCa), Les mélanomes cutanés. Données d'incidence et de mortalité en France métropolitaine, estimations 2023, actualisation 2026.

Voir aussi