Mélanome cutané : pourquoi l’Anses reconnaît un lien avec l’exposition professionnelle aux UV solaires
Dans son avis consacré aux cancers cutanés associés à l’exposition professionnelle aux rayonnements ultraviolets (1), l’Anses conclut à l’existence d’une relation causale avérée pour le carcinome épidermoïde cutané (CEC), ce qui était attendu, tant la littérature scientifique est abondante et concordante sur ce point. Peu de surprise non plus pour le carcinome basocellulaire cutané (CBC), qui survient essentiellement sur le visage et le cou, car lui aussi est lié aux expositions chroniques aux UV solaires (2). En revanche, le lien entre expositions professionnelles aux UV solaires et mélanome cutané, établi par l'Anses, a quelque peu surpris. La position de l'agence repose sur l'analyse du rapport conjoint OMS-OIT de 2021, de la monographie du CIRC (2012), mais aussi de méta-analyses et de dizaines d'études épidémiologiques et mécanistiques, publiées récemment pour certaines... ((3), (4))
Il est clairement démontré que les expositions solaires intermittentes et intenses, provoquant des coups de soleil graves et/ou répétés, notamment pendant l’enfance, jouent un rôle important dans le développement des mélanomes. Chez les jeunes adultes, le mélanome apparaît ainsi dans les toutes premières positions, qu'il s'agisse d'incidence ou de cause de décès (5).
À l’inverse, les expositions solaires chroniques et cumulées, davantage caractéristiques des activités professionnelles exercées en extérieur, présentent une association moins évidente avec ce type de cancer. Le rapport conjoint de l’Organisation mondiale de la santé (OMS) et de l’Organisation internationale du travail (OIT) de 2021 concluait même à des « preuves limitées de nocivité » de l’exposition professionnelle aux UV solaires sur l’incidence des mélanomes cutanés (3).
Comment expliquer alors que l’Anses évoque dans son rapport une relation causale avérée entre l’exposition professionnelle aux rayons UV et le risque de survenue de mélanomes cutanés ?
Il existe plusieurs types de mélanomes. Le cas du mélanome lentigineux malin (LMM) est plutôt simple. Également appelé mélanome de Dubreuilh dans sa forme invasive, il est connu pour son association avec les expositions solaires chroniques (6). Le lien avec les expositions solaires professionnelles se comprend alors aisément. D’ailleurs, l’Anses relève que, dans les études analysées par l’OMS-OIT, le risque de mélanome associé à l’exposition professionnelle aux UV solaires apparaît significativement augmenté lorsque les mélanomes lentigineux malins sont inclus dans les analyses (1).
Ces travaux confirment donc une association globalement positive entre l’exposition chronique ou professionnelle aux UV et les mélanomes lentigineux malins.
Pour les autres sous-types, notamment les mélanomes superficiels extensifs (SSM) et nodulaires (NM), les résultats restent plus discordants.
La position de l’Anses résulte d’une situation complexe, mais d’un raisonnement finalement plutôt simple et cohérent.
Premièrement, le CIRC conclut à « des preuves suffisantes chez l’humain de la cancérogénicité du rayonnement solaire » et indique spécifiquement que « le rayonnement solaire provoque des mélanomes cutanés » (4). Par ailleurs, plusieurs études analysées par l'Anses ont montré des associations claires entre expositions professionnelles et risques de mélanomes.
Deuxièmement, si certaines études, et même le rapport OMS-OIT de 2021, ne concluent pas fermement à une responsabilité de l’exposition professionnelle aux UV, cela peut s’expliquer, selon l'agence, par différents facteurs :
Troisièmement, aucune étude ne permet de mettre en évidence un sous-type de mélanome cutané qui ne serait pas associé à l’exposition aux rayons UV, qu’elle soit professionnelle et/ou chronique.
Avec près de 20 000 nouveaux cas et environ 2 000 décès par an en France, le mélanome cutané représente un enjeu majeur de santé publique (7). Communiquer auprès du grand public sur les facteurs de risque et la dangerosité de ce cancer, informer la population sur les indices d'UV, former les professionnels de la petite enfance, les enseignants, les animateurs, etc., demeurent des priorités... mais pour La Sécurité Solaire, cet avis de l'Anses justifie pleinement les efforts entrepris dans le cadre de son programme Soleil et Santé au travail et devrait renforcer à l'avenir la sensibilisation, l'information et la formation de celles et ceux qui travaillent à l'extérieur sur le risque accru de mélanome auquel ils sont exposés.